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Le Marathon de Lausanne : 42,195 km de bonheur !

Dimanche 22 octobre, j’ai réalisé quelque chose d’un peu fou. Quelque chose qui me faisait envie mais qui était irraisonnable. Quelque chose que j’espérais secrètement mais que je pensais irréalisable. Dimanche 22 octobre, j’ai couru le marathon de Lausanne.

Revenons au début du mois de septembre.  Je suis chez moi, quand je reçois une notification sur mon téléphone ; je viens de gagner un dossard pour le marathon de Lausanne grâce à Urbirun ! Dans l’euphorie, je fais ce qu’il faut pour m’inscrire. Sans même penser que je m’entraîne encore pour une performance sur 10km, et un premier triathlon. Je ne réalise qu’après coup l’enchaînement de ces dossards à épingler.

Qu’importe au final, je ne veux pas louper l’occasion d’une course dans un nouvel endroit, qui en plus, promet un cadre idyllique. Les rives du Lac Léman verront mes baskets fluo pendant de longues heures, que je cours, piétine ou marche.

Dans la folie des entraînements diverses, de mes déplacements nombreux, et mon don de négation, j’ai mis de côté l’entraînement spécifique au marathon. Avec ma relative notion du temps, je me suis laissée ça pour l’après-triathlon, en étant tout de même consciente que je ne ferais pas de miracle. Et puis, tout ça a fini par une unique sortie dédiée de 20km pour me permettre de définir une allure cible. Allure que je pouvais hypothétiquement suivre tout le long des 42 kilomètres et des poussières.

Le jour précédant mon marathon, je zigzague entre ma folle négation de l’événement et mon stress grandissant. Arrivée en fin de matinée à Lausanne et accueillie très amicalement par mon couchsurfeur, je me confronte tout de même au retrait des dossards, censé me mettre dans l’ambiance. Que nenni, un spray nasal et un t-shirt pêche plus tard, nous voici en vadrouille dans la ville (très) vallonnée de Lausanne pour découvrir point de vue et goûter gourmand.

C’est donc entre détente et concentration que je prépare mes affaires pour le lendemain, sous les effluves du délicieux risotto préparé par mon hôte.

Jour J, je ne peux plus reculer. Bizarrement bien, j’enfile ma tenue, mon Smecta, j’opte pour le bandeau contre vent & pluies,  lace mes baskets et me protège d’un sac poubelle pour lutter contre les 9°C annoncés. Je rejoins le point de départ d’une démarche légère, pour rejoindre mon ami Zak venu faire le semi. Quelques rires et étirements plus tard, me voilà dans le SAS de départ, avec une envie de faire pipi que j’attribue au stress. Un dernier bisou à maman immortalisé en vidéo, une phrase échangée avec mon voisin de SAS, et le départ est lancé à 10h13 pétante. Ici, on est en Suisse, l’heure c’est l’heure.

Les premiers kilomètres défilent à toute vitesse ; nous attaquons par une petite montée suivie d’une descente dans laquelle je m’efforce de contenir les jambes. Une dame âgée me double aussi rapide qu’une fusée. Aujourd’hui, la mamie ce sera moi. Je ne veux pas exploser en plein vol, l’objectif étant de tenir le plus longtemps à l’allure que je me suis mentalement imposée.

Les spectateurs sont nombreux et affolement souriants. Il y a une réelle euphorie autour des 1400 coureurs que nous sommes. Pour ma part, j’attends impatiemment le bord du lac et sa beauté. Courir au bord de l’eau sur un fond de montagnes haut perchées, ça me fait rêver.

On y arrive enfin, et une envie pressante avec. Ce n’était donc pas le stress, mais le demi-litre d’eau ingurgité le matin même. Pas de chance, une coureuse touche la porte des WC avant moi, priorité. 1min30 plus tard, me voilà repartie, un peu plus fraîche.

Je regarde à peine le kilométrage sur ma montre, seulement l’allure. Ne pas aller trop vite. Et puis, je rencontre Isabelle un peu après le 10ème kilomètre, aussi subjuguée par la vue que moi. Nous commençons à papoter, pour ne plus s’arrêter pendant la vingtaine de kilomètres suivants. Nous avons à peu près la même allure et surtout la même perspective de plaisir. Nos discussions sont douces, et tantôt touchantes, tantôt pleines d’anecdotes. C’est son 21ème marathon, elle en fait un chaque printemps et chaque automne. Son sourire m’illumine et sa gentillesse est incroyable. Je suis ravie d’avoir trouvée une compagne pour la route. Le temps et les kilomètres s’écoulent comme par magie, et surtout je ne me lasse pas du paysage qui nous offre des subtilités de beauté à chaque pas.

Le parcours s’effectuant en un aller-retour, nous pouvons appréhender toutes les difficultés que nous aurons pour la seconde partie du marathon. Il faut dire que le parcours est très vallonné, cumulant au total, un peu moins de 500m de dénivelé positif. Cependant, le vent et la pluie de face seront nos principales difficultés de ce retour, nous obligeant à ralentir légèrement l’allure un peu avant le 30ème kilomètre.

Arrivée au 32ème kilomètre, je regarde ma montre et me rend compte, surprise, que je pourrais atteindre les 4h30. Un objectif qui me semblait inatteignable. J’avais tellement espéré atteindre ce chrono lors de mon premier marathon, pour lequel je m’étais entrainée sans relâche. J’avais du pourtant le revoir à la baisse, pour finalement arriver difficilement en 4h57.

L’objectif des 4h30 reste donc en suspens. Je continue sur mon rythme avec un vent moins fort. Et puis, tout doucement, je lâche Isabelle. Mes jambes répondent, mais je ne force pas pour autant ; j’ai peur d’un possible retour de bâton à quelques kilomètres de l’arrivée. La fatigue se fait sentir aux articulations, mais musculairement je ne ressens toujours aucunes raideurs. J’en deviendrais presque anxieuse à guetter le moment où mon corps va me lâcher.

Je suis dorénavant seule. Je remonte des gens en peine, que j’encourage avec mon plus beau sourire. Ce sourire qui ne m’a pas quitté depuis le début. Je lance même quelques boutades aux supporters buvant des bières dans leur jardin. « On profite chacun à notre manière ! ». Et c’est bien vrai, je profite. Tout me semble être une joyeuse balade, avec sourires, applaudissements, et bénévoles d’une grande gentillesse aux ravitos. A chaque regard, j’ai l’impression de réaliser l’exploit d’une vie. Je me sens heureuse et totalement dans mon élément.

Arrivée au 40ème kilomètre, la meneuse d’allure des 4h30 me rattrape. Elle n’a jamais été très loin derrière, mais voir sa bonne humeur toute d’orange vêtue  me redonne un dernier coup de jus (d’orange ?). J’encourage son poulain qui suit avec difficultés. Elle nous motive à coup de sifflet et à grands cris. C’est de la vitamine humaine.

Et puis soudain, j’aperçois au loin des ballons. La meneuse d’allure me confirme, c’est la ligne d’arrivée. Un coup d’œil à ma montre, et les larmes me montent aux yeux. L’objectif est là, devant moi. Incroyable. Mes jambes accélèrent, mes yeux pleurent. Je suis heureuse de réaliser ce que je n’aurais jamais cru possible.

4h28 et 59 sec, je passe l’arche d’arrivée dans une euphorie totale. Je me retourne pour attendre la meneuse d’allure et son poulain, lui aussi en pleurs. On se sert la main, on se fait la bise, on ne sait plus, mais on est heureux. On a réalisé notre incroyable. La meneuse d’allure nous sert dans ses bras. Je la remercie pour ses derniers encouragements.

Je reste derrière l’arche malgré le froid, je veux attendre Isabelle. Elle a été ma compagne de route, et ensemble nous avons passé plus de la moitié de ce marathon. Et puis elle m’avait dit « aujourd’hui j’ai un souhait, passer l’arrivée avec Camille », et je m’en veux un peu de l’avoir laissée. Dès que je l’aperçois, je saute autant que mes genoux me le permettent pour l’encourager sur ses derniers mètres. Elle est heureuse, moi aussi. Cette course nous l’avons partagée, et il n’y a pas plus beau. Nous en garderons un beau souvenir et une photo partagée.

C’est donc sur cette dernière touche de bonheur dans ce grand raz-de-marée de félicité que se termine ce marathon. Une course folle, un chrono incroyable, et un plaisir inégalé.

J’aurais une fois de plus (par)couru le monde, et de la plus belle des manières : en courant.

C’est

Camille Court en Vert de Visit and Run

17 réflexions au sujet de “Le Marathon de Lausanne : 42,195 km de bonheur !”

  1. Encore un superbe récit, ça me donne encore plus envie que le printemps revienne pour me réaligner sur un départ de course ! Et qui sait, peut-être qu’un jour on se trouvera sur la même ligne de départ ! (entre Camille ;))

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  2. Formidable témoignage j’ai adoré merci! j’ai fait l’an dernier le semi de Lausanne et ce décor était magique mais en effet non plat. Je me prépare à présent pour mon 1er marathon et cette distance me fait peur, au delà de 28km je souffre vraiment..ben oui j’ai une prothèse à une jambe. Lire ton récit me donne de l’énergie, de l’envie et de l’espoir…or je crois que dans les ultimes km, ce seront ces choses qui devront me porter alors merci d’avoir partagé cette expérience. Pierre

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    1. Pierre, merci pour ton commentaire très touchant. Je suis d’autant plus admirative de ton défi au vu de ta « difficulté » … qui peut être une force ! On a tous une bonne raison pour se lancer sur un marathon, et crois moi, quand c’est pour se dépasser et croire en soi, tu ne pourras pas trouver meilleure force pour finir ce marathon ! Et un seul conseil que l’on m’a donné et qui m’a énormément servi : garde le sourire !
      Camille

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  3. A travers ton récit, je revis un peu ce que j’ai vécu lors de mon 1er et seul marathon hormis le fait de taper la discute avec qqun (j’aurais pas réussi). Mais ton arrivée et cette fierté qui s’empare de toi quand tu vois la ligne d’arrivée arriver, ça c’est magnifique!!

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