Trek & Randonnée, Voyages

Randonnée Alpes-Maritimes #2 : la Vallée des Merveilles

En me réinstallant dans le Sud, je m’étais promis de redécouvrir la Vallée des Merveilles, cette vallée si réputée du parc national du Mercantour. Au-delà de la beauté du lieu, c’est tout un patrimoine culturel qui y est préservé. Et puis, pour les géographes comme moi, la richesse géologique y est passionnante.

Ma dernière venue datait de mes études en licence. J’en gardais le souvenir d’un lieu hors du temps, coupé du monde, majestueux … et avec des douches froides ! Mais malgré cet « inconvénient », j’avais plus que tout envie de me confronter à nouveau à la difficulté de la marche dans les Alpes, avec dénivelé et clapiers. Ce fut chose faite la semaine dernière.

Et la chance nous a souri. Avec un ami de longue date, habitué des sentiers, nous avons eu un temps magnifique et des températures clémentes pour une fin d’octobre. De quoi même prendre quelques couleurs !

Nous sommes donc partis du parking du pont du Countet, à la Gordolasque, pour suivre le tracé du GR52, direction le refuge des Merveilles. Le dénivelé se fait sentir dès les débuts, avec un sentier sillonnant entre les arbres, à grand renfort de marches artisanales non normées. La vue se dégage un peu plus tard pour laisser place à un faux plat montant … avant de remonter abruptement jusqu’au pas de l’Arpette (2511m).

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Porte d’entrée vers la Vallée des Merveilles, la vue y est sublime et le vent fougueux. Nous redescendons rapidement pour nous abriter de ce dernier, derrière des rochers bordant le sentier. Parce qu’ici, nous sommes en zone protégée : s’écarter du sentier est interdit et puni.

Une carotte-tapenade et un sandwich plus tard, nous voilà repartis comme des petits cabris dans la pente douce menant jusqu’au refuge des Merveilles (2100m) qui bordent le Lac Long Supérieur. Les couleurs sont chaleureuses en cette fin d’automne, et la couleur des roches métamorphiques, d’un violet-rouge profond, finit de sublimer le tout.

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Une fois au refuge, au lieu de nous précipiter sur les petites randonnées aux alentours, comme celle du lac du Diable (à 1h du refuge), nous préférons prendre le temps d’apprécier les alentours, d’observer les autres randonneurs, et d’apprécier cette vue incroyable, cette immensité qui nous rend si petits, coupés du monde. Prendre une bière à la chaleur du poêle quand la luminosité flanche, se raconter nos vies, se remémorer de bons souvenirs. Le temps passe si vite, n’ayez crainte de cette digital detox forcée.

Pour plus de confort (légèreté de nos sacs) et pour plus d’authenticité, nous prenons le repas au refuge. Véritable moment de partage et de rires entre randonneurs, blagues complices avec le gardien, et partage d’anecdotes jusqu’à l’approche du couvre-feu. 21h45, il est temps de se brosser les dents et de retrouver notre dortoir à la lumière de notre frontale. Trois couvertures plus tard, bienvenue au pays des songes et des ronflements. Joie des dortoirs.

Au matin, je guette par la fenêtre le lever du soleil. Je n’ai qu’une hâte ; me régaler de ses lumières rosées avant le petit-déjeuner. Qu’elles se reflètent sur les montagnes à l’Ouest ou sur les nuages flottant dans le ciel à l’Est, elles sont d’un rose si puissant qu’elles colorent tout autour. Le reflet des reliefs alentours dans le lac est féerique. Je reste un long moment à observer les alentours, les lumières qui évoluent, jusqu’à que le soleil se lève totalement. Il est l’heure du petit déjeuner dans la chaleur du refuge. Thé, café, lait en poudre et tartines sont bus et dévorés avant de s’attaquer à la longue randonnée qui nous attend pour ce deuxième jour.

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Nous prenons la direction de la Vallée des Merveilles, et son parcours éducatif faisant découvrir quelques gravures rupestres. D’autres sont aussi visibles dans la vallée, mais par d’autres sentiers autorisés seulement avec l’accompagnement d’un guide montagne agréé. En effet, comme le démontre la Paroi vitrifiée, de nombreux saccages ont été commis sur les gravures, pourtant vestiges culturels. Le manque de respect m’étonnera toujours.

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Quelques dizaines de minutes seulement après notre mise en route nous croisons de nombreux chamois, relativement proche. Nous sommes enjoués et multiplions les photos et nous arrêtons longuement pour les observer. Et puis, le graal : un bouquetin ! Repéré par mon ami, il nous domine de toute sa majesté à flanc de versant, se déplaçant silencieusement et avec une aisance folle. Nous restons encore un réel moment à l’observer, et bien nous a pris ; ce sera le seul bouquetin que nous verrons.

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Le sentier suit son cours, avec un dénivelé relativement faible, entre clapiers et lacs. La vallée porte décidément bien son nom. Les arrêts sont nombreux, très souvent silencieux, si ce n’est pour relever un point plus particulier qu’un autre. Nous sommes envahis par la beauté du lieu.

Arrive la première baisse de la journée (Baisse de la Valmasque, 2549m), et la pente nous y menant est très abrupte. Le sentier y sillonne en épingles. L’effort est plus intense, mais largement compensé par l’arrivée avec la vue sur le lac Basto d’un côté et sur l’ensemble de la Vallée des Merveilles de l’autre.

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Nous redescendons sur le lac, pour suivre le chemin sur la gauche de celui-ci, allant vers le refuge de Nice. Et c’est un immense clapier que nous traversons ici, où le sentier est cerné de cairns, invisibles, pierres parmi les pierres. Heureusement l’œil aguerri de mon ami nous aide à suivre le chemin sans dévier. Surtout qu’une autre baisse nous attend, avec toujours la même configuration de pente très raide à l’approche de celle-ci.

Baisse du Basto, 2693m. Un vent frais et un grand soleil. Une pente vertigineuse de chaque côté. Nous nous arrêtons pour déjeuner, car la suite du chemin, nous ne la connaissons pas vraiment. Ici, s’arrête la zone protégée, et nous avons décidé de nous écarter du sentier pour rejoindre le lac Autier sans passer par le refuge de Nice.

Une fois lancé dans la pente très abrupte et glissante qui suit la baisse, nous nous écartons à mi-chemin à travers l’énorme clapier sur la gauche. La traversée se fait prudemment. Au bout du clapier, nous descendons vers le creux de vallée sur la gauche, avant de rejoindre un sentier plus ou moins dessiné et cerné par des cairns. Les chemins sont étroits, le ravin qui les longe, vertigineux. La prudence est de mise, mais le plaisir intacte, voir intensifié par cette « transgression » qui donne un sentiment de liberté.

Quelques glissades plus tard, nous dominons le Lac Autier. Au risque de me répéter, les cimes pointues striant le ciel bleu, le soleil se reflétant dans les légères ondulations du lac, la vallée s’enfonçant dans un dédale de montagne sur la droite et les couleurs automnales de la végétation offrent un cadre à couper le souffle. Notre regard n’est pas assez grand pour tout capter en un seul instant, et que dire de l’appareil photo qui aplanit cette profondeur, cette immensité.

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Une dernière pause avant l’ultime descente au bord du lac où des chamois gambadent encore à deux pas du lac, à proximité de nombreux randonneurs. La cohabitation semble heureuse et respectueuse. Il en sera de même tout au long du chemin qui s’enfonce dans la vallée pour rejoindre le parking du Pont du Countet.

Ces derniers instants sont précieux, le bonheur y est facile. Nous retrouvons nos âmes d’enfants, entre jeux de cabris et imitations douteuses. La pente est plus douce en cette fin de randonnée, et le retour à la vie sociale arrivera de la même manière. Dans notre voiture, nous nous reconnectons petit à petit au monde. Nous émergeons d’un beau et long rêve éveillé, au plus près de la nature.

Nous avons (par)couru le monde autrement.

Camille Court en Vert de Visit and Run

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