Courses officielles, Running

Marathon de Tours (ou apprendre à courir en lignes droites)

Dimanche 23 septembre, j’ai pris le départ de mon troisième marathon, en territoire inconnu ; Tours ! Une belle occasion de faire ce marathon avec mon amie Maud, qui s’était proposée pour m’accompagner jusqu’à la ligne d’arrivée, et ce, en temps voulu. Objectif réussi, mais non sans mal …

Le marathon de Tours 2018

Ce fut la 5ème édition du marathon de Tours, mais aussi des 10 & 20 km qui se déroulent le même jour. Une édition pluvieuse et venteuse, ciel gris et compagnie, mais avec une ambiance bonne enfant qu’on ne retrouve que sur les « petites » courses (1080 participants environ sur le marathon). Une course de locaux aussi, nous l’avons bien compris face aux yeux ébahis des animateurs de stands quand on leur disait qu’on venait de Nice et Paris !

Nous étions invitées par l’équipe d’Harmonie Mutuelle, une équipe adorable qui a fait attention à ce qu’on ne manque de rien en cette veille de marathon. Pour Maud et moi, après de nombreuses occasions manquées, c’était surtout l’occasion de faire une course ensemble, non loin de Paris (j’y étais toute la semaine précédant le marathon).

Et puis, un marathon à l’automne, c’est presque devenue une coutume ; après le marathon de Nice-Cannes, celui de Lausanne, j’en cherchais un autre, et Tours m’est apparu comme une évidence (bien que je situais très mal la ville sur une carte).

7 semaines d’entraînements intensifs plus tard (concoctés par ma jolie Solène), j’y étais, prête à en découdre.

Pour la version vidéo, c’est par ici ! 

La veille du marathon

Réveil difficile à Paris, je me fais un marathon des transports métro-train-trainage de valise, avant de réussir à rejoindre le centre de Tours, un pigeonnier  à la décoration douteuse en guise de location, puis le salon du marathon … qui se trouve dans un centre commercial en dehors du centre-ville. Petit bémol pour ceux qui ne sont pas véhiculés sur place. Heureusement, Marie d’Harmonie Mutuelle nous y accompagne, et nous ramène. Un vrai accueil de luxe !

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Les deux jours précédents j’ai marché à travers tout Paris, de rendez-vous en rendez-vous, avec de jolies petites bottines … résultat, un joli début de panaris sur le gros orteil, le passage à la pharmacie est obligatoire, j’ai mal quand je marche. Qu’à cela ne tienne, ce petit incident n’impactera pas ma bonne humeur ! Avec Maud, on déambule dans le supermarché et à travers les stands avec beaucoup trop d’énergie à revendre. C’est ma petite boule de feu, celle qui me donnera la cadence demain, et dieu que je suis heureuse de l’avoir avec moi !

Le soir, des coquillettes, une mousse au chocolat, et au lit … dans un très mauvais lit aux draps douteux. Pour le confort, on repassera.

Le jour J : marathon je t’aurais !

Réveil matinal, presque peu difficile, au vu de l’inconfort de la literie. On se pose, on mange, on discute. Pluie, pas pluie. « T’es sure qu’on va courir un marathon là ? ». Oui oui, mais ça sera avec le sourire (élément presque plus important que vos baskets).

 

Au vu de la météo, on opte pour le débardeur, technique du « moins j’en mets, moins je serais mouillé(e) » face à la pluie annoncée. Un joli petit crachin, de celui que je ne connais pas chez moi. On pourrait presque croire que c’est une pluie qui ne mouille pas.

Tous les participants qui courent pour Harmonie Mutuelle se rejoignent sous la tente, pour échanger des mots d’encouragements, des sourires, et s’abriter en attendant le départ. Je ne suis déjà plus vraiment là, mais je me prête avec plaisir au jeu des photos. Ma tête est au marathon. Je me sens bien, prête, concentrée, et je ne quitte pas Maud d’une semelle.

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On se retrouve dans le SAS des 4h00 in extremis. On est un peu à l’ouest, heureuses et stressées. On se place au fond du SAS, l’objectif étant au-dessus des 4h00. Le départ est rapidement à nous, un millier de participants, c’est plus facile à faire partir que les milliers présents sur les courses parisiennes.

On part donc, avec le sourire, dans la bonne humeur, et en papotant déjà.

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Le premier semi : pluie et blabla incessant

On est heureuses ! Je pense qu’il n’y a pas d’autres mots ! Si heureuses qu’on fait les folles aux ravitos, on fait des petits bonds, on rigole, et on arrête JAMAIS de parler. A tel point qu’on finit par se faire remarquer par Eric (si tu te reconnais, j’espère que tu as bien fini ta course !) , qu’on inclut immédiatement à notre conversation !

On se moque des paysages mornes, champs de blé, ciel gris et grandes lignes droites à répétition. On aperçoit les petites fourmis fluos loin devant. Heureusement, on passe parfois en sous-bois, au bord de la Loire, à côté d’autres pigeonniers, et surtout on parle. Le temps passe vite en parlant.

Je remarque à peine la pluie, même si c’est parfois désagréable de sentir sa transpiration couler deux fois plus vite dans les yeux. Par contre, on se laisse surprendre parfois par du vent de face. Sur les longues lignes droites … je vous laisse imaginer le tableau.

En ce qui concerne l’allure, je suis plutôt régulière, parfois un peu trop rapide par rapport à l’allure voulue, mais je me sens bien. Cette partie passe comme une lettre (humide) à la poste.

Le deuxième semi : « le marathon le plus chiant du monde »

Entre le premier et le second semi, on croise une petite commune, où  de nombreux habitants sont là pour nous encourager, c’est vraiment plaisant, il en manquait depuis le début ! On passe dans un château (celui de Villandry), vraiment mignon, puis on revient vers les encouragements pour reprendre un pont et changer de rive. Un pont bien arqué, qu’on sent bien passé dans les jambes et dans le souffle.

D’ailleurs, ce type de petits raidillons, on en a un peu tout le long du parcours ; ils me donnent tous envie de marcher, mais je ne m’arrêterais jamais. Ma petite fierté.

La suite, ce sont des paysages toujours aussi mornes. Le plat pays, les champs, ce ne sont pas des choses exaltantes pour moi. Peut-être sous le soleil, mais là sous la grisaille … Je commence vraiment à en avoir marre. Avec Maud, on laisse passer quelques-unes de ces pensées négatives sur cet ennui. Ennui qu’on essaye de combler tant bien que mal en continuant à parler. Mais je commence à flancher et à répondre par des phrases de plus en plus courtes.

Je continue de sourire, et je me mets des claques mentales pour ne pas arrêter, encore moins quand je croise le peu de monde qui nous encourage. Je réfléchis, je me concentre. Prendre mon gel maintenant ou attendre encore un kilomètre. Ai-je vraiment besoin de ce gros coup de fouet ? J’en prends la moitié, et je mise sur la boisson isotonique aux ravitos. Je ne sais plus s’il faut éviter de combiner les deux, je me souviens mal. J’ai mal. Pas aux jambes, pas au cœur, mais j’ai mal à la tête. Ce marathon m’ennuie, et pourtant, bordel j’ai envie de le courir. Ce mental perturbe mes capacités physiques. Je demande à Maud de me parler, de me raconter tout et n’importe quoi. Elle pourrait me chanter des chansons paillardes en tapant sur une casserole que je serais heureuse. De toute façon elle est là, et c’est un amour.

Elle gère tout avec une bienveillance folle. Elle porte les bouteilles d’eau qu’on chope aux ravitos et qu’on se partage. Elle me rappelle quand je traîne vraiment trop, parce qu’elle sait ce que je peux donner.

N’empêche, que ces paysages, cette pluie, j’en peux plus. Puis d’un coup, après quelques encouragements où j’ai encore tenté de sourire, je hurle « mais c’est le marathon le plus chiant du monde putain !! ». Ma rage reste en suspens, personne ne réagit. Je refuse de me laisser emporter dans la spirale du mental négatif. Alors je lutte, je me continue de sourire, de tenter d’écouter Maud, de tenter de répondre. D’oublier que j’en ai marre. Que 42 kilomètres sur une ligne droite c’est long.

Puis le 30ème kilomètre, le 32ème … Maud se retourne vers moi avec le sourire, et les deux mains en l’air, doigts écartés, pour me signifier que ça y est, il m’en reste plus que 10. J’ai envie de pleurer. Sur ces derniers kilomètres, je retiendrais plusieurs fois des crises de larmes qui me font suffoquer. Je lui dirais à quel point c’est dur, à quel point je n’en peux plus.

Les derniers kilomètres

Au 39ème, en rentrant à nouveau dans la ville de Tours, Maud décide de me mener à la musique ; elle sort son téléphone, sa playlist du RPM, et ça me remotive. Je ferme les yeux, je suis, je laisse mon corps faire. Tout le monde marche, et moi je reprends du poil de la bête. Maud me guide, me cadence. J’ai envie de vomir, je ne peux strictement plus rien avaler, pourtant il me faudrait du sucre et de l’eau. Je lui dis qu’elle pourra me pousser quand il restera un peu moins d’un kilomètre.

Dans notre dernière lancée, on se fait acclamer de partout, on salue notre foulée (qui pourtant ne doit pas être si fluide de mon côté), les autres coureurs nous encouragent. Maud essaient même d’en faire tenir quelques-uns derrière nous. J’entends des « C’est elles qui faut suivre, viens, viens !! ». Moi je ne veux que Maud et sa musique, mais je souris intérieurement.

J’essaie d’accélérer, petit à petit. Au 41ème, Maud me demande du regard si on peut pousser. Je ne m’en sens pas capable. Et pourtant, quelques centaines de mètres plus loin, quand la foule se densifie et se resserre, que la ligne droite dessine un léger faux plat montant, j’accélère. Je suis là, heureuse, un coup d’œil à ma montre. Je n’y croyais plus, j’accélère encore. J’ai envie de tout lâcher, de m’arrêter là, je sens la nausée qui monte, l’œil qui tourne. Je vois les étoiles, mais je ne lâche rien. Maud est là, elle crie, elle crie tout ce qu’elle a.

Et puis, cette arche, ça y est. Ca y est, je l’ai fait. Je suis secouée par les pleurs, je suis tellement à bout de moi-même, tellement heureuse. Je pleure, et je tombe dans les bras de ma petite Maud.

Le speaker, lui, nous intime vite fait bien fait de dégager l’arrivée. Je m’en fiche. Je l’ai fait. Je l’ai fait BORDEL !

Le post-marathon

L’après est un peu plus difficile, je suis en manque de sucre, je ne peux avaler que du coca, je ne peux pas rester debout. Heureusement, Maud me motive à faire la queue pour le kiné, ça fait du bien. Je suis trempée, fatiguée, mais heureuse. J’ai réalisé un temps que j’osais peu espéré : 4h11 et 10sec.

Pour la version vidéo, c’est par ici ! 

La récupération sera un peu difficile. On enchaîne les transports, je suis exténuée. Mais je finis par arriver chez moi, le lendemain, la plus belle des médailles dans la poche.

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Encore un immense merci à toute l’équipe d’Harmonie Mutuelle, un accueil sans faille malgré la météo difficile. Merci à mon amie Solène, sans qui je n’aurais pas pu être prête ce jour J. Et puis, à Maud, merci. Je vous souhaite à tous d’avoir une amie comme elle, prête à vous suivre et vous soutenir. Sans oublier mes parents, et leurs petites vidéos d’encouragement.

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J’ai une nouvelle fois …

(Par)couru le monde autrement,

Camille Courtenvert de Visit & Run

8 réflexions au sujet de “Marathon de Tours (ou apprendre à courir en lignes droites)”

  1. Waou bravo bravo Camille, bravo à Maud, en effet vu le temps à Paris dimanche cela ne devait pas être simple de courir dans la campagne grise! Ce que je retiens au dela du temps (et je crois que toi aussi ) c’est cette belle amitié qui fait parcourir des km (c’est le cas de le dire). Bonne récup et encore bravo (j’adore la dernière photo mais aussi les autres avec Maud)

    Aimé par 1 personne

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